Femmes du Congo

Les violences sexuelles à l'est de la RDC

Comme dans de nombreux conflits actuels, 70% des victimes sont des civils, majoritairement des femmes et des enfants. Le viol et la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre : « Le corps des femmes est devenu l’un des champs de bataille de ceux qui se servent de la terreur comme arme de guerre : les femmes sont violées, enlevées, humiliées et forcées à subir des grossesses, des sévices sexuels et l’esclavage sexuel. »

 

La violence sexuelle touche les femmes de tout âge, y compris les fillettes, parfois pas plus âgées que 5 ans. Les hommes non plus, ne sont pas toujours épargnés par la violence sexuelle. Elle peut survenir à tout moment. Un rapport de rapport de 2002 parrainé par UNIFEM, rapporte les propos suivants: « La zone qui descend de Pweto jusqu’à la frontière de la Zambie, et qui remonte vers Aru à la frontière du Soudan et de l’Ouganda est un trou noir où personne n’est en sécurité et où aucun étranger ne se rend. Les femmes prennent un risque quand elles se rendent dans les champs où lorsqu’elles marchent sur une route pour se rendre au marché. À tout moment, elles peuvent se retrouver nues, humiliées et violées en public. De très nombreuses personnes ne dorment plus chez elles, même si dormir dans les fourrées est tout aussi dangereux. Chaque nuit, un nouveau village est attaqué. Cela peut être le fait de n’importe quel groupe, personne ne le sait, mais ils emmènent toujours les femmes et les filles ».  [Rehn, E., and Sirleaf Johnson, E., 2002. The Independent Experts' Assessment on the Impact of Armed Conflict on Women and the Role of Women in Peace-building, Le progrès des femmes à travers le monde, Vol.1. UNIFEM].

 

Bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres exacts, les organisations non gouvernementales et les institutions des Nations Unies présentent à l’Est de la RDC estiment à 14 000 le nombre de viols en 2005 et à 13 000 en 2006. Récemment, en 2007, le Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, John Holmes, a évoqué la situation des victimes de viol d’un hôpital de la province du Sud-Kivu (République Démocratique du Congo); il a affirmé avoir vu les preuves et entendu les témoignages des victimes décrivant une “violence sexuelle si brutale que cela dépasse l’imagination”. Il a déclaré que plus de 32 000 cas de viol et de violence sexuelle ont été enregistrés pour la seule province du Sud-Kivu depuis 2005 — et que cela ne représente qu’une fraction du nombre total de femmes victimes de souffrances aussi extrêmes. [John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, ONU. Congo’s Rape War. Los Angeles Times, 11 octobre 2007]

 

Les conséquences psychologiques, physiques et sociales de la violence sexuelle sont nombreuses. Elles affectent l’individu, sa famille et sa communauté. De nombreuses femmes ou jeunes filles sont violées devant les membres de leur famille, et devant les personnes du village, entraînant par la suite rejet et ostracisme. De plus les violences sexuelles s’accompagnent de pillages, de destruction et de tueries qui forcent les populations au déplacement et les placent dans une situation socio-économique précaire. En 2007, les combats à l’Est du pays auraient jeté 800 000 personnes sur les routes. La violence sexuelle a des conséquences très importantes sur la santé physique et mentale des femmes : elles sont exposées au risque de transmission des maladies sexuelles, et notamment du VIH-SIDA. Environ 22% des femmes violées seraient porteuses du virus HIV. Leurs organes génitaux sont souvent si mutilés qu’il est nécessaire de recourir à une intervention chirurgicale, sans compter qu’elles peuvent être défigurées, mutilées ou assassinées. Elles souffrent des effets du Stress Post Traumatique tels que les crises d’angoisse, les insomnies, la dépression. Les grossesses non désirées ont également des conséquences physiques et psychologiques, y compris sur le bien-être de l’enfant né du viol. Les enfants sont rejetés par les membres des communautés, et parfois même par leur mère. Une jeune fille de 14 ans enlevée et retenue comme esclave sexuelle pendant 4 ans a ainsi déclaré : "De tout ce que j'ai subi, c'est enfant qui est le plus mauvais souvenir''. Un climat d’impunité aggrave encore davantage la situation et encourage la violence actuelle.

 

La violence sexuelle en RDC atteint un niveau jamais égalé, chaque jour 40 femmes sont violées à l’Est de la RDC. Il est temps que cela cesse!

Voir visionner le documentaire de 20 minutes sur la violence sexuelle à l'Est de la RDC «Nos corps.....leurs champs de bataille», cliquez sur le lien http://www.irinnews.org/LoadFilm.aspx?MultimediaFileId=071220063&ImageId=200611302 . Le documentaire produit par Nicky Chalk et Sylvia Spring, avec l’appui du Chef de l’unité cinématographique d’IRIN a remporté le prix du Meilleur documentaire de plus de 15 minutes, un des deux prix du jury du premier Festival du film documentaire des Nations Unies qui s’est tenu à la New School University de New York les 21 et 22 mai derniers.